mercredi 31 août 2011

QUELLE FEMME DE LA RENAISSANCE AURAIS-JE ETE ?


Que voilà un tag passionnant relayé par Alba... Entre mes femmes peintres et mes femmes musiciennes, je suis en plein dans le sujet !! Il me faut donc participer.
J'aurais pu choisir d'être la maîtresse de Ludovic Sforza immortalisée avec une hermine par Vinci, dite Belle Féronière... pas tellement pour  une quelconque affinité avec cette Cecilia Gallerani dont on sait finalement peu de chose, mais par sentimentalisme : mes parents avaient craqué sur cette toile et décidé, à mon grand étonnement que je ressemblais à la belle Cécilia... ce qui n'a rien de réaliste ! Jusqu'à ce que je comprenne qu'une sorte d'assimilation avec le vrai nom de cette dernière la leur faisait considérer comme une presqu'homonyme ! D'où leur enthousiasme... Las ! Et puis ce choix a déjà été proposé (et rejeté d'ailleurs) par Quoi de 9 Cécile... Faut dire que si vous tapez "Femme de la Renaissance" en ce moment, vous naviguez entre Les lectures de Lili, Fattorius, et forcément vous finissez par aboutir sur l'initiatrice de cette réhabilisation féminine : Les aventures d'Euterpe rencense toutes les réponses à ce tag. La liste est étonnamment longue, preuve que le tag était bien trouvé ! J'ai décidé de l'explorer car chaque article est passionnant. C'est ainsi qu'on recontre :
Marguerite de Navarre chez La revue de Stress, chez Isabelle B.
Lucrèce de Medicis chez Angèle en vrac, retenue aussi par Lucrecia Bloggia, et enfin par Liliba
L'infante Claire Isabelle Eugénie publié par Les Petits bleus d'Artemisia qui est le complèment indispensable à mon propre choix !! (pardon Artemisia, je n'ai pas réussi à trouver ton article sur ton propre site)
Dinamene chez Luciamel
Gargamelle chez Vallenain
Héloïse chez Wilhelmine
Anne De Bretagne chez Hypathie
Louise Labbé chez CC  et aussi chez Lili Galipette... c'est le choix définitif de Cécile du blog Quoi de 9 dont je parlais plus haut
Catherine de Medicis chez CC
Francesca Caccini chez Fattorius
Une mère anonyme chez Canel
La Flore de Boticelli pas moins pour Sophie !
Gabrielle d'Astrée chez Asphodèle
Une femme wallonne inconnue mais immortalisée par Van der Weyden chez l'Ogresse
La Laure de Pétrarque a été choisie par Liratouva
Lucretia ¨Panciatichi est finalement élue par Syl après de nombreuses hésitations
Marie de Gournay chez George
Vittoria Colonna chez Ella
qui choisit aussi Simonettea Vespucci, la plus belle femme d'Italie à son époque ! oups...
Marguerite de Valois chez Julia
La Léda de Léonard de Vinci a été choisie par Margotte
Isabelle de Caumont est proposée par David Burlot
Isabelle d'Este, est retenue par Kenza, je l'aurais volontiers choisie zut !! Et Siobhan l'a retenue aussi.
Isabelle Whitney, ouf une anglaise, a été dénichée par Alicia
Marietta Robusti est, forcément, choisie par VenitiaMicio
La duchesse laide de Quentin Metsys est brocardée avec un rien de provoc par ICB
Moderata Fonte, la dernière en date au moment où j'écris, est le choix de Danielle d'Album Vénitien
S'y ajoute Diane de Poitiers, choisie par Alba de Ciel Bleu de Castille dont l'article m'a mise sur la piste de ces femmes dont le temps, la légende et les peintres nous ont laissé des traces, parfois floues, parfois surprenantes, toujours humainement intéressantes à découvrir. Car l' Histoire avec un grand "h" nous parle de ceux qui firent la politique, les guerres et les nations, mais elle a longtemps laissé de côté celles qui les inspirèrent, conseillèrent voir influencèrent. Diane aurait d'ailleurs, d'après son commentaire, été aussi le choix de Françoise d'Autour du Puits. Bref, j'en suis là de mes réflexions, me disant d'une part qu'il en a vachement des nanas de la Renaissance auxquelles on a envie de ressembler, et d'autre part qu'elles sont souvent italiennes. M'enfin, à cela rien d'étonnant, cela vient sans doute du fil rouge qui nous unit souvent à travers ces blogs, une "certaine" culture qui trouve ses racines au-delà des Alpes. J'aurais pu, pour contrebalancer cette prédominance transalpine, choisir Charlotte de la Trémoilles, mais je vous ai déjà raconté sa vie il y a peu !! Donc ??

Un autoportrait de 1556, qui se trouve au musée de Lancut en Pologne. L'artiste appuie sa main sur un bâton pour l'éloigner du tableau, et elle arbore une tenue "d'atelier" loin des tenues élégantes que priseront les autres femmes d'autoportaiturant.

Donc, suite logique de ma série d'articles sur les femmes peintres, et même s'il s'agit d'une Renaissance tardive, j'élis Sofonisba Anguissola, affublée de cet étrange prénom par un père admiratif d'Hannibal et rêvant d'avoir un fils.

La partie d'échecs, un des tableaux les plus connus de Sofonisba où le jeu des regards constitue la trame de la narration de cette partie "mondaine" entre les soeurs Anguissola
Le malheureux homme aura d'abord 6 filles, Sofonisba étant l'aînée, avant que d'accueillir le petit mâle tant désiré, auquel il donnera de guerre lasse, le prénom d'Astrubale ! Pendant ce temps là les filles auront été élevées avec beaucoup de soin par leur père qui tenait à les encourager à cultiver leurs talents, et surtout armées d'une solide culture. On verra l'artiste se peindre un livre à la main, jouant de l'épinette ou bien sûr, peignant. Vasari, qui rendit visite à la famille Anguissola en 1568 (Sofonisba était déjà partie pour Madrid) dit que cette maison était "l'auberge non seulement de la peinture mais de toutes les vertus" !

Astrubale, le garçon tant désiré, auprès de son père et d'une soeur Anguissola
Sofonisba est la plus connue des 6 soeurs, et sa longue vie consacrée à l'art, d'abord comme peintre mais aussi, vers la fin (elle est morte à 93 ans) comme mécène de jeunes artistes prometteurs (elle a reçu et conseillé le jeune Anton Van Dyck), est pleine d'imprévus et de liberté. Elle avait, sous des dehors sages et posés, un sacré caractère. On lui attribue cette phrase, sans doute légendaire, car ses autoportaits montrent en effet un large regard étonné : "la vie est pleine de surprises, j'essaie de capturer ces moments précieux avec des larges yeux".

Un joli travail d'étude réalisé alors que Sofonisba avait 18 ans : elle peint son maître, Campi, en train de la portraiturer, armé du même "malhstick" qu'elle, on a voulu y voir l'expression de besoin de s'affirmer en faisant adopter à Campi le même outil qu'elle ! On a aussi raillé le fait qu'elle se représente sur la toile plus grande que le peintre !

Confiée en 1546 à Bernardino Campi, elle fréquentera dès 1553 Gatti avant d'aller à Rome où elle rencontre Michel Ange. On raconte que le maître se montre très accueillant à son endroit, lui permettant d'étudier ses esquisses et lui donnant des conseils techniques précieux. Pour le remercier, elle lui offre une petite composition, enfant mordu par un crabe, que le maitre trouve tout à fait à son goût. Il semble avéré que l'enfant du tableau soit Astrubale petit. Michel Ange lui aurait permis de consulter ses propres croquis pour travailler le dessin.

Sans doute une copie du fameux "enfant mordu par un crabe", qui connut un réel succès et fut souvent reproduit
De retour à Crémone, sa ville natale, elle connait un succès certain, vend des toiles et réalise de nombreuses commandes de portraits qui plaisent à la bonne société locale, asseyant ainsi sa réputation. Celle-ci lui permet d'intégrer en 1558 le cercle prestigieux des artistes entrenus par le duc d'Albe dans sa cour milanaise. Et lorsque le roi d'Espagne Philippe II qui cherche un maitre de dessin pour sa jeune épouse Elsabeth de Valois, le duc s'empresse de lui recommander mademoiselle Anguissola . C'est ainsi que Sofinisba part s'installer à Madrid : elle a 27 ans et la jeune reine, dont elle sera à la fois dame de compagnie, professeur de dessin et peintre attitrée, en a 14. Elle continue à peindre pour les familles de la cour et son talent est hunanimement reconnu. Elle restera 11 ans à la cour d'Espagne mais après la mort en couches de la jeune reine, le roi Philippe II la dotera généreusement pour la marier. Il était temps, elle avait 38 ans !!

Vous reconnaissez sans peine auprès de Sofonisba jouant de l'épinette, la même servante que sur la partie d'échec, détail qui nous rend la jeune femme attachante.
Elle épouse donc en 1570 Fabrizio Moncada, et part s'installer avec son époux en Sicile, île dont il est le vice-roi. Malheureusement elle se retrouve veuve rapidement, en 1579, et son séjour sur l'île ne se justifie plus. Elle entame alors un assez étonnant voyage qui la mène de Livourne à Pise, et, étant tombée amoureuse durant la traversée d'un beau capitaine de galère gênois, elle l'épouse. Elle a 47 ans et il semble que ce vaillant marin soit nettement plus jeune qu'elle. De fait on sait qu'il fit inscrire une péitaphe sur la tombe de son épouse pour célébrer, post mortem, le centième anniversaire de cette dernière "A Sofonisba, ma femme... dont on se souvient comme d'une femme illustre, comme peintre de portraits.... Orazio Lomellino, en souvenir de la perte de son grand amour, dédie ce petit hommage à cellle qui fut une grande dame - 1632". Ils passèrent plus de 40 ans ensemble, heureux pour Sofonisba car son époux la soutenait et l'admirait.

Autoportrait de 1610

Cela fait un peu scandale dans la famille, mais elle s'installe à Gênes où elle continue à exercer son art. Elle est à l'aise, d'autant que la dot de Philippe II lui donne une réelle indépendance financière. Avec l'âge, sa vue baissant (elle avait la cataracte), elle ralentit sa production et aime à s'entourer de jeunes artistes talentueux, qui viennent la visiter et recueillir ses conseils et son aide. Elle entretient autour d'elle une sorte d'école de peinture, un mécénat avisé, qui montre qu'elle reste jusqu'à la fin entreprenante et pleine d'esprit. Son autoportrait à l'âge de 78 ans la montre toujours posée et en apparence placide, tenant un livre sans lequel elle a glissé un index prêt à ouvrir l'ouvrage et un papier dans la main droite. Une babayaga avant l'heure puisqu'elle garde vivace l'envie de se battre, d'être elle-même et de partager son art.


Il semble que le jeune Van Dyck ait admiré cette femme à qui il vint rendre visite. Il disait avoir reçu plus de lumières de sa cécité que de la contemplation de toiles de maîtres illustres. Il fit d'elle de nombreux croquis et, plus tard peignit avec respect et perspicacité ces portraits qui la décrivent parfaitement. Sofonisba a environ 91 ans, le trait est sans concession mais l'hommage est sensible. Vasari, quant à lui, écrivit d'elle dans ses Vite : " Anguissola a montré plus de grâce et d'application dans son travail que la plupart des femmes de notre temps, elle a réussi non seulement dans le dessin, la couleur et la copie d'après nature, mais elle a créé elle-même des oeuvres rares et très belles".

dimanche 28 août 2011

BABAYAGAS


Alter se moque gentiment de moi quand je parle avec enthousiasme des Babayagas. Mais il est bien d'accord avec moi, l'idée est bonne, voire d'avenir, au moins à piocher. Beaucoup d'entre nous voient, la situation sanitaire aidant, leurs parents vieillir. Dans un premier temps on s'extasie sur les progrès de la médecine qui permet de garder longtemps une aisance et une indépendance de bon aloi. 80, 85, le temps passe, on n'ose trop rien dire dans le genre de "il faudrait prévoir", car nos vieillards actuels ne l'entendent pas de cette oreille. Ils conduisent, ils surfent sur internet et partent en vacances à tout propos. Puis soudain, un beau jour, c'est la cata. Cela passe souvent par la perte du compagnon ou un accident comme une de ces fameuses fratures du col du fémur dont on mourrait encore dans ma jeunesse. Une dizaine de jours à l'hôpital et zoup, retour à la maison. Si l'on a affaire à quelqu'un de raisonnable, il est temps de penser au futur. Mais voilà, les personnes âgées n'ont pas envie qu'on les prenne en main, qu'on leur prodigue des conseils, qu'on leur propose des solutions qui mettraient en lumière leur nouvelle fragilité.
Alors, si c'est comme avec belle-maman, on rentre chez soi, on ne veut personne pour vous aider, et rapidement on retombe et le deuxième col du fémur y passe. Mais avec cette deuxième chute, c'est souvent le mental qui lâche. Et on se retrouve en plein délire. Il faut agir vite, la personne a perdu toute son autonomie, les opérations ne l'ont pas arrangée du point de vue psychique et le navire prend l'eau de toutes parts. Il faut parfois, si l'entêtement persiste à ne vouloir aucune ingérence dans leur cadre de vie, se résoudre à la solution extrême, d'autant plus douloureuse que les conseils prodigués avaient pour seul objectif de l'éviter à tout prix. C'est la maison de retraite, EHPAD ou autre cigle barbare qui cache la perte totale d'autonomie. Et même là, plusieurs situations sont possibles : parfois, pris par l'urgence, on doit se contenter d'un mouroir et les visites y sont autant de souffrances pour ceux qui les accomplissent. Mais il peut arriver, comme cela a été notre cas, qu'on ait la chance de trouver in extremis un établissement parfait, avec une cousine déjà bien intégrée dans les lieux et un cadre de vie tout à fait supportable. Mais les personnes âgées sont parfois acariâtres, l'âge n'étant, il ne faut pas se leurrer, qu'un révélateur de tendances profondes car il fait tomber les inhibitions. Il existe de vieillards gentils, j'en ai rencontré, mais parfois il faut supporter comme une fatalité des jérémiades insensées, des plaintes injustifiées, un jeu de pressions affectives et de manipulations sur l'entourage que les responsables des EHPAD connaissent bien, mais qu'on a du mal à comprendre et à vivre.


Et à cela s'ajoute, inévitablement, l'interrogation sur notre propre vieillissement. Avec l'incontournable question "mais serai-je comme cela moi aussi ??". On a alors envie de voir ses enfants plus souvent, car on est encore fréquentable et on pressent qu'un jour il pourrait en être autrement. On aimerait avoir l'occasion de leur offrir maintenant le meilleur de nous-mêmes, et non pas dans 30 ans une caricature de ce que nous fûmes. Mais les enfants n'ont pas le temps, ils sont pris par la vie. On se dit aussi que la solitude et la déchéance de la fin de vie sont des horreurs que ces fichus progrès de la médecine ne cessent d'alourdir. Même si quelques exceptions lumineuses viennent égayer le tabeau, on sait, inéluctablement, que les années à venir ne seront pas les plus épanouissantes que la vie nous aura réservées.
Les actifs que nous sommes ne pourront se satisfaire des solutions actuelles proposées aux personnes en fin de vie, mais encore conscientes et plus ou moins handicapées. Nous voudrons des lieux de retraite qui soit conformes à nos modes de vie et aux valeurs qui nous ont animés tout au long de leur existence. On ne peut raisonnablement prévoir une vieillesse assistée sur laquelle nous n'aurions aucun contrôle, nous retrouvant du jour au lendemain réduits à subir des traitements qu'aujoud'hui nous réprouvons. Mais pourtant, rien ou presque ne bouge simplement parce que notre société, et nous-mêmes, avons peur de la vieillesse et de sa déchéance, et tentons par tous les moyens sinon de l'ignorer, du moins de la cacher.


Alors bien sûr, les utopies, cela prête toujours à sourire. Mais j'avoue que, dans cette ambiance délétère qui est la nôtre depuis plus d'un an maintenant, la Maison des Babayagas me réconcilie avec un problème sociétal en pleine évolution, qui m'iniquièté bien sûr, mais dont je ne peux admettre que nous en subirons les retombées sans avoir fait quoi que ce soit pour le maitriser.
Fruit d'un projet porté par plusieurs octogénaires énergiques et réalistes (elles avaient 70 ans quand elles ont commencé), le principe de la maison des Babayagas consiste à construire un lieu de vie pour "femmes vieillissantes choisissant d’inscrire leur cheminement jusqu’à son terme dans un compagnonnage solidaire". Chacune disposera d'un appartement indépendant, avec sa petite cuisine, dans un immeuble regroupant 17 personnes (il semble que le chiffre 17 soit important !) et autour de parties communes tant de confort (espaces collectifs) que de détente (spa, salle de sport...). L'idée est de regrouper ses "forces", tant physiques que financières en mutualisant les frais que la dépendance entraine et aussi en s'entraidant jusqu'à la limite du possible.
Réservée aux femmes seules, mais accueillant aussi des jeunes, la résidence est en cours de construction après 10 ans de combats pour prévoir et surmonter toutes les réticences que le projet, pourtant évident, n'a pas manqué de faire naître. Car il fallait anticiper les critiques et ne pas se laisser aller aux fantasmes béats. Comme dit la cheville ouvrière du programme : "les vieux (elle n'hésite pas, elle en fait partie) ça a parfois un fichu caractère et il faut que tout soit prévu, surtout les médiations nécessaires, pour éviter les blocages et que le système se grippe". Le pari lancé devrait voir le jour en 2012 à Montreuil après 13 ans de batailles diverses, juridiques, sociales, de financement etc...
Au-delà du problème pratique d'une fin de vie digne et indépendante, il faut lire dans ce projet la volonté de faire renaître les solidarités de voisinage, de garder l'esprit clair et une conscience civique, de se donner les moyens et l'envie de l'indépendance, de redécouvrir les vertus de l'entraide. Il s'agit aussi de changer le regard de notre société sur les vieux, et réciproquement. Quand le seul salut est d'être beau, dans la norme, jeune et productif, il est difficile de vieillir dans la sérénité. Impossible de ne pas se sentir rejeté, réduit au rang de "produit juteux mais malpropre" que la société n'aspire qu'à cacher. Que cela entraine des réactions de méfiance, de malaise de la part de nos aînés, n'a rien d'étonnant. C'est à nous de changer ce regard, et de prendre le problème à bras le corps. Il en est encore temps. Certes nous ne ferons pas tous des maisons autogérées, de dames veuves et bien pensantes, mais justement tout est à inventer car les solutions mises en place de bric et de broc, dans l'urgence et souvent subies, ne sont pas satisfaisantes. La première barrière que nous ayons à franchir est celle de la peur que le grand âge provoque, chez chacun d'entre nous. D'où l'idée, au moins, d'en parler !


Je suis fort ennuyée car les seuls articles sur le sujet que j'ai trouvés*, à part le site du projet, sont tous très engagés politiquement et comme mon blog est d'une neutralité totale en la matière, je n'ai pas envie de le connoter. Je trouve dommage que ce combat ne soit, pour le moment, que celui des anti-tout ou des contre-le-reste. C'est notre combat, une révolution humaniste à accomplir et nous restons des observateurs frileux et craintifs  qui préfèrent penser que "ça n'arrive qu'aux autres". Comme si on pouvait y croire un instant, nous les sexagénaires en pleine forme !

* Autre étonnement : quand, voulant illustrer cet article j'ai tapé dans Google images, sans autre forme d'auto-censure "vieille femme", je n'ai eu, faites-en l'expérience, que des portraits de chinoise, amazonienne ou indienne, comme si la vieillesse n'existait pas dans nos pays dits occidentaux. On se raconte des histoires et on se paie de mots : il faut taper "personne âgée" ou "senior" pour avoir nos mamies !

vendredi 26 août 2011

JEANNE ETAIT AU PAIN SEC !!

Pas question de recopier ici la quatrième de couverture qui présente « Jeanne » comme le livre secret de la grande helléniste disparue en décembre dernier à l’âge de 97 ans et que reproduisent  à l’envi tous les sites qui le présentent. Pas question non plus de me livrer à une critique littéraire, c’est forcément bien écrit mais cela m’a laissée sur ma faim. Non que les rapports mère-fille et tout ce qu’ils ont de complexe y soient mal évoqués, mais j’ai été saisie par la relative naïveté en la matière de cette femme dont l’esprit était pourtant fort acéré. Jacqueline de Romilly rend, avec juste mesure mais finalement presque condescendance, hommage à sa mère. Elle tente avec honnêteté et réalisme de lui redonner son humanité, son enveloppe de femme et d’être humain riche et complexe, mais on sent que cela lui demande un effort important et cela m’étonne. Car quand elle a écrit ce livre elle avait elle-même plus de 60 ans et il me semble qu’elle avait encore à progresser dans cette approche amour-exaspération qui caractérisait comme souvent leurs rapports. Certes elle fait un vrai travail de mise en perspective pour rendre justice à cette mère qui, selon le schéma classique n’avait finalement à ses yeux qu’un défaut, d’être justement sa mère, mais le « travail » psychologique n’est pas abouti et donne l’impression d’être perfectible .

J’avoue que ce problème des rapports mère-fille ne cesse de me turlupiner et que j’aurais aimé que la réflexion de notre académicienne aille plus loin. On connait l’histoire de cette relation complexe qui impose à la fille pour devenir une femme bien dans sa peau de ne pas rester la fille de sa mère et qui passe à l’adolescence par un conflit rangé, est parfois difficile à surmonter. Entre les mamans qui souffrent du syndrome de la jeunesse éternelle et celles qui veulent rester d’éternelles copines, l’époque actuelle a revu et corrigé les excès de celles qui n’étaient que critiques ou phagocytage de bon aloi au motif de donner des conseils et de régir l’avenir de leur fille. En résolvant au passage le problème d’une inévitable jalousie engendrée par le vieillissement. Autrefois certaines mères ne renonçaient jamais à garder une place dominante auprès de leur fille, conseillant, jugeant, critiquant, sans comprendre qu'elles devaient lâcher prise. Le sentiment de faiblesse qu’elles entretenaient chez leur fille, afin que celle-ci continue à s'appuyer sur elles, empêchait souvent celle-ci de réussir sa vie amoureuse ou professionnelle. Avec le jeunisme et l’allongement de la vie affective des mamans actuelles, la donne a changé.


Mais que la mère soit confidente, copine, fusionnelle ou possessive, les tensions sont inévitables puisque la fille ne va s'approprier sa féminité et accéder à son propre corps, celui qui éveille le désir d'un homme qu’en se détachant de ce modèle qu’elle redoute et aspire à dépasser. Etant à la fois fille d’une mère trop tôt disparue et avec laquelle j’avais le sentiment d’être en confiance, et mère de filles avec lesquelles j’ai rêvé une complicité qu’elles ont très sagement fui, je trouve cette relation éminemment difficile à comprendre et l’observation des amies de mon âge ne m’apporte guère d’éclaircissement.
Certes j’ai pris conscience, après le départ de maman, des maladresses qui avaient été les siennes à mon égard et des blessures, souvent insurmontables, qu’elle m’avait infligée. Mais j'avais le sentiment d'avoir été très proche d'elle et d'avoir eu avec elle une vraie complicité. J'ai essayé de comprendre ses ardeurs et ses angoisses de femme, même si cette approche est restée superficielle l'ayant perdue trop tôt pour en parler avec elle. Par ailleurs, je n’ai pas voulu reproduire les mêmes erreurs avec mes filles, même si elles n'en ont pas conscience que cela m’a demandé un réel effort ! La jeune femme a besoin de ne plus être la petite fille de maman pour devenir femme à son tour et si cette étape peut être pénible à comprendre par la manan, elle est primordiale pour la fille. Ce qui est cruel dans la relation mère-fille, voire parents-enfants c’est la suite. Après ce détachement, on a du mal à jamais retrouver un regard neutre sur sa mère et ce qu’on apprécie chez n’importe qui d’autre comme qualité ou défaut sympathique reste travers exaspérant quand il s’agit de sa mère.


Je suis stupéfaite de la partialité dont font preuve les enfants à l’égard de leurs parents, suspectés du simple fait qu’ils ont ce rôle, d’être des êtres humains d’une extraction particulière. Qui d’entre nous peut affirmer qu’il a vraiment compris que ses parents avaient les mêmes rêves, les mêmes enthousiasmes, les mêmes aspirations que ceux dont nous sommes si fier ? Comme Jacqueline de Romilly on peut, au mieux, s’astreindre à refaire le chemin, mais cela nous donne, comme cela transparait nettement dans son livre, beaucoup de fil à retordre. De là vient sans doute ma déception à la lecture de ce livre car, à peine a-t-elle esquissé cet effort d’humanisation de sa mère que soudain l’agacement revient et elle a bien du mal à ne pas tempérer cette « reconnaissance ». Comme Madame de Romilly est quelqu’un de foncièrement intelligent, elle observe que des étrangers, des ami(e)s cher(e)s ont su, en la matière, mieux apprécier, mieux respecter sa mère qu’elle-même.

Et le phénomène s’aggrave quand le parent vieillit : nous avons une infinie difficulté à admettre que nos parents ont aimé, désiré, fantasmé, qu’ils ont ressenti les mêmes envols que ceux qui nous font vivre et sont notre fierté. C’est révoltant et rien n’y fait vraiment : vous comprenez merveilleusement une vieille dame de votre entourage quand elle vous parle avec son cœur, voire vous la trouvez admirable d’être aussi vivante, et vous jugez votre mère indécente de faire de même. Et on n’y peut rien. Un simple exemple : une amie de longue date vous recommande, avant que vous preniez la route, la prudence, vous la trouvez attentionnée... si votre maman fait de même, vous la trouvez inutilement inquiète, voire ch... !! Mais en tant que future « vieille dame », je suis révoltée de me dire que l’âge et ses infirmités me réduiront à ce rang de quidam irritant pour mes enfants et que mes angoisses ne seront pour elles que manies lassantes et travers horripilants. J’aurais été curieuse d’avoir, de la part de Madame de Romilly une postface à ce livre, quelques 20 ou 30 ans plus tard, quand elle-même s’est trouvé dans le rôle, ô combien difficile, de la nonagénaire affaiblie.

mercredi 24 août 2011

PAIMPOL OU PONT L'AB ??


Quant Koka était interne au lycée de Pont l'Abbé d'Arnoult, allant chaque semaine la chercher, j'en profitais pour ramener "la" spécialité agricole de ce charmant village situé dans la vallée de l'Arnoult, ancien bras de mer qui s'étend sur une trentaine de kilomètres et où se sont accumulés sédiments et matières organiques. Cette terre grasse et riche est idéale pour la culture maraichère, choux, artichauts et surtout la mojhette ! Ce haricot blanc, également appelé "Rognon de Pont l'Abbé" est particulièrement apprécié pour ses qualités gustatives. Relancé et protégé par des passionnés, cette spécialité régionale se caractérise par sa légèreté et son côté peu farineux, en contre partie il est assez long à cuire et reste ferme dans les préparations. Par exemple ce n'est pas l'espèce requise pour cuisiner un bon cassoulet fondant. Il est encore trop tôt pour les Pont l'Ab, comme nous les appelons familièrement... alors j'ai craqué pour un gros sac de cocos de Paimpol. Quoi de plus convivial que d'écosser en amoureux un grand filet de 10 kilos de gousses fraiches, on bavarde, on refait le monde ou on papote, on accumule les jolies graines blanches en surveillant le niveau qui "monte" lentement.


A la fin, on mijote une bonne soupe au pistou, on cuisine une platée copieuse que viendra agrémenter quelqu'agneau local (le nec plus ultra, coté réputation, étant l'Agneau de Pauillac mais nous avons de ce côté-ci de la Gironde l'agneau d'estuaire, relancé par quelques producteurs locaux, élevé en prés salés et qui mérite d'être connu, découvert et apprécié), et on congèle le reste !


L"ancien "araco" en vieil italien, devenu arico, hariké ou héricot dans certaines régions, s'est trouvé ailleurs baptisé ailleurs faziols, à cause de son nom latin, phaseolus. Cela a bien sûr donné "fayots", après des détours aussi colorés que fajou à Nice, fayou dans le Var ou fiajole à Lyon. Mais de l'autre côté de la France, à l'Ouest, on bordait sur la mougette, la mogette ou la mongette. La mojhète du Haut Poitou s'amollit en mounjou en Haute Garonne et se parfume en mounzétou dans le Lot. Il y en a vraiment pour tous les goûts ! Quel est donc votre préféré ?? En ce qui concerne Odile des cerisiers de l'Aube, je connais déjà sa réponse... Mais vous, vous êtes Paimpol, Soissons, Tarbais, Mogette de Vendée ??? Car certains ont même obtenu - ah les lobbys - une appelation contrôlée. Sachant qu'il existe plus de 1 300 espèces en Europe dont près de 200 en France, vous avez l'embarras du choix !!

lundi 22 août 2011

FEMMES EN PEINTURE : le XXème et après ...

Des photos par Dora Maar

De nombreuses femmes abordent avec enthousiasme le monde de l’art dès la première moitié du XXème siècle. Elles sont de tous les « ismes », même si, dans un premier temps, elles restent à l’ombre de leurs collègues masculins. Souvent femmes ou compagnes de peintres, elles ont du mal à voir reconnaitre leur talent propre, sont imbriquées dans un groupe qui les met mal en avant, rarement leurs travaux sont reconnus à leur juste valeur, mais elles ont accès à la palette et aux pinceaux !

Dorothea Tanning

En apparence, toute restriction de l’accès à la formation artistique a disparu, mais ce n’est longtemps qu’une apparence. Certes elles accèdent aux écoles de peinture, elles participent aux concours, elles peuvent dessiner le nu d’après nature, elles sont dans les expositions.

Münter, Gontcharova
Pourtant quand on regarde ce que font les jeunes filles admises au Bauhaus entre 1919 et 1933, on est surpris de constater qu’elles s’inscrivent plus volontiers aux cours de tissages ou de fabrication d’objets de décoration ou de jouets qu’à l’atelier métal ou menuiserie.


Comme au XVIIème il était fréquent d'être "fille de", au début du XXème tout une génération sera encore  «  la femme ou la compagne de » … Robert Delaunay (Sonia), Kandinsky (Gabriele Münter), Larionov (Natacha Gontcharova), Picasso (Dora Maar qui fit de la photo, élève de Man Ray), Max Ernst (Dorothea Tanning), Jean Tinguely (Niki de Saint Phalle ) ; Diego Rivera (Frida Kalho) etc etc… Et beaucoup d’entre elles ne s’épanouiront qu’avec beaucoup de difficultés,  et ne seront reconnues, c’est triste à dire, qu’après la mort de leur compagnon ou après une séparation.


Cela développe chez elles une certaine forme de violence qui s'exprime avec l'énergie du désespoir. Même si elle n'est pas directement liée à son statut de femme, la lettre de Frida Kahlo à Louis Murray montre que l'urgence, la souffrance, l'injustice, l'humiliation en révoltent plus d'une : "Ils ont ici tellement de foutus intellectuels pourris que je ne peux plus les supporter. Ils sont vraiment trop pour moi. J'aimerais mieux m'asseoir par terre dans le marché de Toluca pour vendre des tortillas que d'avoir quoi que ce soit à voir avec ces connards artistiques de Paris..."

Yayoï Kusana, Sophie Cale, Gina Pane

Pour l’époque contemporaine, il paraîtrait incongru de continuer à distinguer une peinture spécifiquement féminine : l’artiste s’exprime en fonction de sa personnalité, de ses obsessions, de ses idéaux, mais il ne serait absurde d’opérer un distinguo basé sur le sexe. Danièle Bloch, insistant sur des artistes qu’on pourrait dire perturbées (Gina Pane, Sophie Calle, Yayoï Kusana, Annette Messager, la compagne de Boltanski…) voit dans l’impudeur affichée par ces artistes un relent de l’impossible accès au corps pour les femmes peintres. Selon elle, il en resterait des traces dans cette façon dont elles exposent leur propre corps au regard du spectateur, avec excès, provocation et une indécence qu’expliquerait un trop long exil.

Gina Pane et Yunchang

J’avoue n’avoir guère été convaincue par cette conclusion et j’aime à croire que l’art n’a plus de sexe, ni de ghetto. Les excès d’une Gina Pane qui se scarifie ou se mutile n’ont rien de spécifiquement féminin, je me souviens avec un réel malaise de la vidéo-performance de He Yunchang. Ce film, "One Rib" (2009) de piètre qualité technique montre comment l'artiste s’est fait volontairement enlever une côte. Il l’a ensuite utilisée pour en faire un collier et s’est fait prendre en photo auprès des femmes importantes de sa vie : sa mère, son ex-femme, sa femme… portant toutes sa côte autour du cou. Gina Pane qui utilise son corps comme champ d’expérience en s’enfonçant des épines dans la peau, en se défigurant, en s’entaillant ou en crachant du lait sur son sang, se contente de mettre, comme He Yunchang, son corps au centre de son art. Un égocentrisme, une relation au monde passant par la provocation qui n’ont rien de particulièrement sexués.


Mais ma méconnaissance de l’art contemporain ne me permet guère d’affirmer quoi que ce soit. Témoin ce commentaire de Norma : "N'ai-je pas été accueillie par un : "Il ne manquait plus que ça !", quand j'ai décidé de peindre ?»… qui eut cru que la tenue d’un pinceau puisse encore être blâmable pour une femme. Au bout de cette évolution il s’agit essentiellement de savoir si des classements arbitraires sont encore imposés aux femmes, auxquelles on réserverait l’art joli, décoratif ou doux, le caractère et l’inventivité étant l’apanage des hommes .


C’est pourquoi je préfère laisser la conclusion, comme ce fut le cas lors de la conférence, à Marie Madeleine Martinie, petite fille de Rita Strohl, qui rappela fort à propos que la mère de la compositrice, Elodie La Villette fut peintre, comme d’ailleurs la sœur de cette dernière, Caroline Espinet. Madame Martinie offrit avec beaucoup d’humour à la conférencière un livre qu’elle a consacré aux deux sœurs et Madame Bloch, surprise, ravie, s’est extasiée avec beaucoup de sincérité sur le talent de cette femme lorientaise dont les marines sont, déjà, celles d’une artiste avant que d’être celles d’une femme.


Voir aussi :

dimanche 21 août 2011

MERCI !!!

samedi 20 août 2011

FEMMES EN PEINTURE : LE XIXème


La Grande Galerie du Louvre, telle qu'Hubert Robert la rêvait en 1789 (on en 1801, j'ai mis des détails provenant de plusieurs toiles), était éclairée d'en haut par une succession de dômes vitrés, subdivisée en plusieurs espaces délimités par des niches contenant des statues, elle offrait à l'admiration de petits groupes de visiteurs les grands chefs d'oeuvres picturaux. Essaimés de-ci de-là, les copistes travaillaient auprès des anciens pour apprendre le métier, et parmi eux, pourquoi pas, des femmes. Apparaît en Europe, avec les idées nouvelles nées de la Révolution, la notion de peintre "dilettante". Et alors, pourquoi un tel loisir ne serait-il pas féminin ? Les femmes de la bourgeoisie doivent s'occuper de manière délicate, et entre la broderie, le piano et la conversation, pourquoi pas une petite visite au Louvre... On s'essaie au dessin ou à l'aquarelle, et le travail de copiste est la meilleure des formations. On peut même pousser l'audace jusqu'à créer ses propres sujets, en se cantonnant, bien entendu, à des sujets "jolis" et agréables. Pas question de sombrer dans les scènes héroïques mais quelques fleurs ou natures mortes élégantes sont tout à fait convenables !! Ce n'est plus malséant, au contraire cela signe une certain raffinement et augure d'une culture intéressante.


Voyez Eva Gonzales 1847-1883, peinte par Manet en 1869 (elle a 20 ans), elle exécute avec grâce et vêtue d'une impossible robe de satin blanc, un bouquet sophistiqué... et, de fait, ses oeuvres, chaussons de danse, portraits intimistes, restent très "féminines".


Berthe Morisot, 1841-1895 (dont Eva sera d'ailleurs fort jalouse) reprend la même thématique mais sans doute douée d'un tempérament plus affirmé, elle nous offre des toiles qui ont plus de caractère mais dont les sujets restent "aimables" : elle montre des intérieurs lumineux et paisibles, des scènes intimes sans impudeur.


Anna Ancher 1857 -1935, Louise Abbema 1853- 1927, Louise Breslau 1856-1926, Cecilia Beaux 1855-1942, et bien d'autres revisiteront la scène de genre en observant les femmes d'une façon différente de celle de leurs collègues masculins :  elles posent sur les femmes avec un regard tendre, domestique et familier, l'ambiance est douce et délicate, dépourvu d'ambiguïté. Rien d'indécent dans ces toilettes surprises ou ces mouvements coquets esquissés en tout confiance.


D'autres, comme Mary Cassatt 1843-1906, privilégient les enfants, et se font une spécialité de ce genre de sujets pas forcément très prisés par les hommes. Elle excelle dans cette forme de sentimentalisme qui au fil des années s'affirme, s'épure et se teinte même de japonisme. Rassurante malgré son grand talent et son indépendance affichée (elle refuse le prix Walter Lippincott en 1904), elle se verra décerner la Légion d'honneur.


Quelques unes s'échapperont des sujets "réservés" comme Rosa Bonheur 1822-1899, peintre animalier adulée, avec une prédilection marquée pour les bovidés (elle atteignait des cotes incroyables tant elle était réputée pour ces sujets), ou Anna Boch 1848-1936, qui ose assez franchement le paysage. Elles sont de plus en plus nombreuses et s'enhardissent, même si, globalement elles restent assez réservées, voire exclues par les hommes. 


En 1895, le comité d'organisation du banquet Puvis de Chavannes décide de lancer une souscription pour que la Clotho (ou Parque qui tient le fil des destinées humaines) réalisée par Camille Claudel deux ans auparavant en plâtre et diversement accueillie, soit sculptée en marbre. L'oeuvre, réalisée avec une virtuosité technique saluée comme une prouesse, est destinée au Musée de Luxembourg, mais Camille Claudel n'est même pas invitée à l'inauguration. On reconnaît son talent en l'accusant plus ou moins d'avoir plagié Rodin et on la tient à l'écart de son propre succès. Elle a osé un art qui semble encore difficilement compatible avec la réserve attendue du "beau sexe" !!

Voir aussi :

vendredi 19 août 2011

PETIT CIRCUIT EN IMAGES





Hi, hi, vous avez vu ??? Du Michelaise "sans parole"... Ouf ! Il était temps que ça arrive, repos bien mérité pour les lecteurs.

jeudi 18 août 2011

FEMMES EN PEINTURE : de la Renaissance au XVIIIème


La conception renaissante du métier de peintre est très éloignée de la nôtre, romantique, entièrement basée sur un supposé talent ou génie propre et qui surdimensionne l'ego des artistes. A la Renaissance, être peintre est un métier comme un autre, pas nécessairement le plus respecté d'ailleurs, et l'art s'apprend. On ne naît pas artiste, la vocation n'a pas l'aura qu'on lui donnera plus tard, et il faut, pour le devenir, subir un difficile et long apprentissage qui implique modestie et rigueur. Confié très jeune, vers 8 ans, à un maître, l'apprenti commence par des taches simples mais nécessaires, comme le broyage des pigments avant d'apprendre la technique du dessin, puis plus tard d'avoir le droit de peindre selon les ordres que son maître lui imposera. Jusqu'au XVIIème siècle au moins, le peintre vit par les commanditaires qui imposent le choix des sujets, le programme iconographique, voire même en supervisent l'exécution. Deux sortes de commanditaires existent, qui, tous deux, agissent de même manière. L'Église, qui on s'en doute demande des sujets bibliques ou mythologiques, et le pouvoir civil qui souvent demande des oeuvres qui le glorifient ou qui exaltent ses valeurs. La marge de manoeuvre du peintre est assez faible s'il veut être payé, il ne doit pas déplaire et l'on sait qu'une oeuvre refusée est à la fois une humiliation et une perte financière que tout peintre censé évite de provoquer. Le peintre est donc plus un artisan qu'un artiste au sens moderne du terme, et dans ce contexte les femmes n'ont pas vraiment leur place dans les ateliers. Sauf si elles y sont nées, étant filles d'artistes, ou si elles bénéficient d'une éducation raffinée moderne et qui leur permet d'être éduquée à la technique avant de s'y livrer elles-mêmes.



L'atelier est, par définition, un lieu très masculin, les règles de l'apprentissage interdisent aux jeunes gens de se marier, ce qui n'est pas grave pour un homme mais peut être dramatique pour une femme. De plus, la vie dans l'atelier, avec ce qu'elle comprend de promiscuité, de fréquentations pas toujours recommandables, est considérée comme dangereuse pour le renom d'une jeune fille. A raison d'ailleurs, que l'on pense au procès pour viol intentée par Artemisia Gentileschi contre un des collaborateurs de son père, procès très douloureux et dont elle aura du mal à sortir indemne.
A cette répartition des places dans la société, presqu'impossible à remettre en cause et qui rend difficile la formation technique des femmes, s'ajoute quelques handicaps culturels qui, même si elles décident de prendre le pinceau, les limiteront dans leurs ambitions.  Les sujets religieux occupaient le degré le plus élevé dans la hiérarchie des genres artistiques et aucun peintre de talent ne pouvait atteindre la gloire, sans avoir eu l'occasion de se faire valoir sur de tels sujets. Que l'on pense aux difficultés de Chardin à être reconnu pour n'avoir été "qu'un" peintre de natures mortes. Mais pour peindre un retable il est nécessaire d'avoir une excellente connaissance de la morphologie et de l'anatomie. Notions auxquelles les femmes, qui étaient dans l'impossibilité d'étudier les nus d'après nature ou de fréquenter les académies, ne pouvaient pas acquérir. Elles devaient aborder le sujet religieux par d'autres voies. Réduites à copier les oeuvres de leurs collègues masculins, ou à créer des petits tableaux consacrés à la Vierge ou à la dévotion privée, elles seront ensuite cantonnées aux genres mineurs. On leur demandera des toiles de petites dimensions, aux sujets plaisants, portraits, bouquets de fleurs ou natures mortes. Tant que le talent se mesurera à l'héroïsme des scènes représentées, et cela durera jusqu'à la fin du XVIIIème, les femmes ne pourront trouver leur vraie place dans les ateliers.



A la fin de la Renaissance on trouve des femmes peintres "lettrées", telles les soeurs Anguissola, Lucia (1536-1565) et surtout Sofonisba (1535-1625), filles d'un aristocrate de Crémone et très cultivées. Au début elle ne faisait que des peintures privées, qui ne sortaient guère du cadre familial, mais sa réputation devenant grande, elle se mit à peindre à la commande et c'est d'ailleurs son père qui, au début, géra la boutique ! Elle doit toutefois se limiter aux portraits, n'ayant pas accès aux connaissances nécessaires pour sortir de ce genre. Sa vie personnelle un peu agitée la poussera même à créer son propre commerce à Gênes où elle s'installera avec son second époux.
Mais le cas des soeurs Anguissola reste assez isolé au XVIème siècle, les autres femmes peintres étant le plus souvent nées dans des familles d'artistes. Lavinia Fontana (1552-1614), fille de Prospero, Fede Galizia (1578-1630), fille d'un miniaturiste réputé, Nunzio, Catharina Van Hemessen (1527-28/1581-87) qui cessa sans doute de peindre quand elle quitta l'atelier de son père pour se marier, la fille de Longhi, Barbara (1552-1638) dont elle devint une collaboratrice importante, Levina Teerlinc (1510-1576), qui apprit son art dans l'atelier de son père, Simon Benninck, enlumineur célèbre, toutes suivent une voie familiale qui leur rend possible le maniement du pinceau sans scandales.


Au début du XVIIème, Artemisia Gentileschi (1593-1652) nait, elle aussi, dans un milieu artistique, et, alors que ses trois frères fréquentent tout naturellement l'atelier paternel, elle-même a toutes les peines du monde à s'y faire admettre. Mariée à un peintre florentin qui fait des dettes, elle pourra enfin exercer son métier ne serait-ce que pour renflouer les caisses du ménage et obtiendra même des commandes de Cosimo II de Medicis. Son style affirmé, non exempt d'une certaine violence, a permis de l'identifier très clairement et l'histoire de l'art moderne lui a redonné une place de choix.
Dès le XVIIème apparaissent des femmes peintres non issues du milieu artistique : Mary Beale (1633-1699), fille d'un pasteur puritain, Rosalba Carriera (1675-1757), d'origine modeste et qui commence comme brodeuse, Judith Leyster (1609-1660) devenue peintre pour sauver son père, propriétaire de brasseries et de tissages, de la faillite, Rachel Ruysh (1164-1750), fille d'un professeur d'anatomie et de botanique qui lui apprit sans doute les secrets des fleurs dont elle peint de superbes bouquets... on voit naître des vocations indépendantes et des talents oser s'épanouir.


Paradoxalement on note moins de noms connus ou reconnus au XVIIIème siècle, même si deux exceptions notables s'imposent : Anne Valayer Coster (1744-1818), fille d'un orfèvre à la cour royale et surtout Louise-Elisabeth Vigée-Lebrun (1755-1842) qui, bien que fille d'un portraitiste, n'était nullement destinée à la peinture par son père. Envoyée au couvent toute enfant, elle exaspérait les nonnes en griffonnant partout, y compris sur les murs du dortoir. Elle n'avait que 12 ans quand elle perdit son père, et ce n'est pas lui qui l'a initiée à l'art du portrait, dans lequel elle s'est cependant fait une superbe réputation. Son mariage, malheureux du point de vue affectif, lui permettra cependant d'approfondir l'art et la technique en partie grâce à son époux, marchand de tableaux. Inquiétée par la Révolution, elle devra fuir la France et sera alors adulée dans toutes les cours d'Europe. Au point qu'elle ne rentrera qu'à regret et tardivement. Auteur de 660 portraits et de 200 tableaux de paysages, elle affiche un goût marqué pour la nature d'inspiration très rousseauiste. Ses portraits quant à eux sont chargés d'affectivité et donnent à voir, au-delà des modèles, des sentiments, chose moderne dans l'art pictural.

L'extraordinaire "Portrait d'une négresse", peint par Marie-Guillemine Benoist peu après l'abolition de l'escavage. Une symphonie de bruns rehaussés de blancs éclatants, un hymne à la beauté féminine, d'une dignité et d'une austérité qui ne cèdent en rien à l'exotisme ou à l'anecdotique. Le tableau fut exposé, avec succès, au Salon de 1800. C'est une toile d'inspiration fort classique (pensez à La Fornarina de Raphaël, avec son turban et une pose proche, la main sous le sein dénudé et le bras posée sur les genoux), mais rien d'académique dans cette oeuvre : quelle vituosité dans le rendu de cette peau sombre,  alors qu’aucun atelier de l’époque n’apprenait à peindre les chairs noires. La critique ne manqua pas de souligner que ce déploiement de virtuosité se faisait contre la nature même de la peinture, un chroniqueur du Salon s’exclamant : « Une pareille horreur ! c’est une main blanche et jolie qui nous a fait cette noirceur » (Filles et Arlequin auMuséum)
On le voit, jusqu'au début des années 1800, le métier de peintre est rarement féminin, et celles qui l'exercent le font plus souvent par tradition familiale que par véritable vocation. Même si commencent à apparaître des tolérances pour cette activité, les femmes restent cantonnées à des sujets démonstratifs et raffinés, interdites de nu ce qui leur ôte tout espoir d'atteindre la renommée qui va de pair avec la peintre d'Histoire, qu'elle soit civile ou religieuse. Certaines en vivent, mais certaines doivent renoncer à leur art pour cause de statut social. Ainsi Marie-Guillemine Benoist, élève de David (1768-1826) mais ayant aussi travaillé avec Louise-Elisabeth Vigée-Lebrun doit en 1815 cesser de peindre et d'exposer alors qu'elle est au somment de sa carrière. Son banquier d'époux Benoist d'Angers, vient d'être nommé au Coseil d'Etat et les activités artistiques de madame sont jugées incompatibles avec ce nouveau statut. Les espoirs d'émancipation nés de la Révolution sont loin et son talent est étouffé par les conventions sociales. Pourtant, c'est le XIXème siècle qui verra, en même temps qu'une profonde évolution du métier de peintre, l'éclosion de nombreux talents féminins.

Voir aussi :
1 - FEMMES PEINTRES dans l'Antiquité et au Moyen-Age
3 - FEMMES EN PEINTURE : Le XIXème siècle
4 - FEMMES EN PEINTURE : Le XXème siècle et après

mercredi 17 août 2011

FEMMES EN PEINTURE : Antiquité et Moyen Age


Dans le cadre du Festival Musiciennes à Ouessant, Lydia Jardon avait prévu une conférence au titre prometteur "De la difficulté d'être femme dans l'art pictural de la Renaissance à nos jours". C'est Danièle Bloch, professeur à l'Ecole du Louvre, qui a affronté pour nous ce vaste sujet aux contours incertains. Très documentée et fort illustrée, la conférence était plus axée sur le répertoire des femmes s'étant fait un nom en peinture que sur la problématique approfondie de leurs difficultés.
Pline l'Ancien leur consacre un bref paragraphe du livre XXXV de son Histoire Naturelle (paragraphe XL) :
"Des femmes aussi ont peint : Timarète, fille de Micon, a fait une Diane qui est à Ephèse, et qui appartient aux plus anciens monuments de la peinture ; Irène, fille et élève du peintre Cratinus, une jeune fille qui est à Eleusis, Calypso, un vieillard, et le charlatan Théodore ; Alcisthène, un danseur ; Aristarète, fille et élève de Néarque, Esculape. Lala de Cyzique, qui resta toujours fille, travailla à Rome, du temps de la jeunesse de M. Varron, tant au pinceau que sur l'ivoire au poinçon ; elle fit surtout des portraits de femme : on a d'elle, à Naples, une vieille dans un grand tableau ; elle fit aussi son propre portrait au miroir. Personne en peinture n'eut la main plus prompte, avec tant d'habileté toutefois, que ses ouvrages se vendaient beaucoup plus cher que ceux des deux plus habiles peintres de portraits de son temps, Sopolis et Dionysius, dont les tableaux remplissent les galeries. Une certaine Olympias peignit aussi : on ne sait d'elle autre chose, sinon qu'elle eut Autobulus comme élève".
Plus loin, il inaugure la légende selon laquelle l'inventeur du modelage serait une femme qui, pour conserver le souvenir des traits de son amant, l'aurait portraituré ! (paragraphe XLIII) :
"Il convient maintenant de parler de l'art de modeler, ou plastique. Dibutades de Sicyone, potier de terre, fut le premier qui inventa, à Corinthe, l'art de faire des portraits avec cette même terre dont il se servait, grâce toutefois à sa fille : celle-ci, amoureuse d'un jeune homme qui partait pour un lointain voyage, renferma dans des lignes l'ombre de son visage projeté sur une muraille par la lumière d'une lampe ; le père appliqua de l'argile sur ce trait, et en fit un modèle qu'il mit au feu avec ses autres poteries. On rapporte que ce premier type se conserva dans le Nymphaeum jusqu'à la destruction de Corinthe par Mummius (XXXIV, 3) (an de Rome 608)."
Fable révélatrice des motivations que l'on attribue à la gent féminine !! Danielle Bloch a distingué deux périodes dans l'histoire de la peinture féminine : avant le XIXème siècle et depuis le début des années 1800.


On aime à faire remarquer dans une fresque provenant d'Herculanum et conservée actuellement au musée national de Naples la présence d'une femme en train de tenir un pinceau. L'Acteur-Roi représente un tragédien au visage noble, assis avec une certaine solennité et tenant en sa main droite un sceptre sur lequel il s'appuie. A sa droite, deux personnages s'affairent autour d'un masque, dont cette femme agnouillée qui est manifestement en train de dessiner.


Une enluminure du Liber Scivias (du latin Sci Vias Dei, sache les voies de Dieu), admirablement décrit sur le site "images re-vues"

Au Moyen-Age, les ateliers d'enluminures étaient essentiellement installés dans les scriptoriums des monastères et dès l'an 1000, les femmes pouvaient, dans certains d'entre eux, peindre et orner les manuscrits. On a ainsi démontré récemment que Hildegarde Von Bingen, connue pour ses chants et morceaux de musique impressionnants d'inventivité polyphonique, a participé à la création des enluminures de son livre Scivias.



Dans certains ateliers privés, des femmes pouvaient être admises. Ainsi il est avéré que Jeanne de Montbaston, femme de Richard, copiste du XIVème a travaillé avec son époux. Ainsi elle aurait réalisé 42 des 143 illustrations du Roman de la Rose, son style ayant été clairement différencié de celui de son époux, à sa façon bien particulière d'ombrer les visages de fins traits bruns. Il semble que Richard, surtout copiste, écrivait le texte et portait dans la marge des indications pour permettre à son épouse de l'illustrer. Elle continua d'ailleurs à tenir seule la boutique d'enluminures qu'ils tenaient à Paris puisqu'elle est incrite auprès de l'Université en 1353. Certaines de ses images sont d'ailleurs terriblement osées et seul le perpétuel souci d'éviter dans ce blog les mots qui attirent les visiteurs indiscrets m'empêche d'entrer dans le détail des attributs masculins dont elle se plut à orner les bas de pages.

3 - FEMMES EN PEINTURE : le XIXème siècle
4 - FEMMES EN TEINTURE : le XXème siècle et après
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