Je pouvais avoir 23 ou 24 ans. Mes parents avaient acheté une "villa" sur les hauts du Parc Péreire, à Arcachon, dont l'environnement superbe se doublait d'un terrain inexploitable, entièrement sablonneux et ne supportant aucun plantation. Y poussaient en abondance et à l'état sauvage des bruyères, des genêts, du sureau, des arbousiers et surtout, du mimosa. Cela convenait parfaitement à leurs talents horticoles (comme aime le dire Koka, "les chiens ne font pas des chats" et j'ai, mon article précédent en est la triste preuve, hérité de leur incurie). Mais ce mimosa, famille comme chacun le sait de l'acacia, avait une fâcheuse propension à tout envahir et mon père, héroïque dans son ardeur épuratrice, lui livrait une lutte sans merci... dont les arbustes sortaient toujours vainqueurs ! Il ahanait sous le soleil et maniait la machette avec une énergie insoupçonnable chez un homme de sa corpulence, arrachant, taillant, coupant tout sur son passage. Prise d'une compassion somme toute excusable pour le végétal, je lui reprochai cet acharnement, remarquant au passage que les mimosas sont de fort beaux arbustes. Il se retourna et, transpirant d'abondance, me décocha énervé la flèche fatale "Mais ma parole, tu es écolo ma fille !".
Pourtant j'ai été, comme vous sans doute, fortement interpelée par l'histoire des cendres paralysantes du volcan islandais "au nom imprononçable" (selon la terminologie consacrée) dans ce qu'il a de révélateur de la fragilité de notre société et de ses égarements. Quoi, de simples fumeroles chargées de poussière peuvent ainsi, du jour au lendemain, et sans qu'il soit question de principe de précaution mais simplement de la plus élémentaire prudence, immobiliser l'ensemble des transports de la planète, créant un désordre, une gabegie, un désarroi énormes ? Comment, nous qui prétendons dominer la nature, la domestiquer, la tenir à merci, nous avons dû baisser casaque et attendre, avec nos moteurs sophistiqués et nos brillants esprits, que la météo veuille bien nous débarrasser de cet importun nuage ?Déjà, nous avions subi les tsunamis, tremblement de terre, tempêtes et autres inondations sans beaucoup plus de talents que nos ancêtres, vite débordés par la panique, la dévastation et les conséquences aggravées de nos incuries précédentes. Ayant construit à outrance dans des endroits dangereux, la lutte contre les éléments a révélé nos erreurs et a amplifié nos fragilités. Et voilà qu'on dit que si le fameux volcan au nom imprononçable nous servait une éruption comparable à celle qu'il connut en 1783, s'ensuivraient comme ce fut le cas à l'époque, des famines, des catastrophes, des cataclysmes aggravés par le blocage total de tout notre système aérien, non plus pendant une semaine mais pendant des mois, voire des années.
Je suis simplement impressionnée par la précarité de notre système de développement, dans lequel nous plaçons, malgré quelques doutes plus de principe que réels, une confiance illimitée, ne parvenant pas à admettre qu'il puisse être vulnérable. Nous admettons difficilement les freins que la nature nous impose, les conséquences dommageables de certains de ses caprices et notre impuissance en face des événements dont on ne peut que constater les dégâts et les réparer tant bien que mal.
Nous voudrions croire, et nous croyons, que nous dominons tout, anticipant, prévoyant, organisant, résolvant. Oh, certes, pas question de jouer le catastrophisme, la nature n'est ni plus ni moins méchante qu'elle ne le fut à nos ancêtres. Nous connaissons mieux qu'eux les conséquences de ses coups de colère, tout est médiatisé, photographié, abondamment commenté, jusqu'à donner l'impression, à force d'informations, que tout se dérègle. De plus, nos errances ont souvent, par notre manque de prudence, aggravé les conséquences de certains événements naturels dont les anciens se méfiaient. Moins raisonneurs que nous, ils constataient que leurs grands-pères avaient évité de construire à certains endroits, et sans trop savoir pourquoi, ils se fiaient à cette mémoire collective, sans prétendre tout pouvoir résoudre.
Certes, l'affaire est compliquée et c'est un véritable changement d'état d'esprit qu'il nous faut opérer : entre la réduction de nos émissions de CO2, la meilleure gestion de nos consommations d'eau et la prise de conscience que notre confort repose sur une foule d'énergies et de matières premières qui ne sont pas inépuisables, nous devons tenter de comprendre et de réapprendre à concevoir notre confort.
Et si le plaisir passait tout simplement par le désir ? Car, nous le savons, le désir se distille, s'attise, se déploie et surtout prend toute sa valeur dans l'attente, le manque, le rêve, en un mot, la sobriété. Peut-être nous faudrait-il simplement réapprendre la tempérance, cette quatrième vertu cardinale dont nous cherchons toujours le nom devant les fresques italiennes qui les mettent à l'honneur : force, prudence et justice étant ses compagnes qui reviennent toujours en premier à l'esprit. Preuve s'il en est que la modération n'est pas notre qualité majeure et que nos temps de consommation à outrance nous ont habitués à nous livrer à un des vices que les pères de l'Église vilipendaient en vain : la gloutonnerie.
Les menaces du châtiment infligé aux voraces avaient, sur les fresques anciennes (ici à Torcello), de quoi effrayer nos ancêtres. Gavés d'images et certains que rien ne peut nous arriver, nous sommes totalement insensibles aux peurs de l'au-delà et malheureusement, aux angoisses du futur. La notion même de développement durable reste encore terriblement théorique pour nos petites cervelles. Et le chemin pour en faire une vraie éthique de vie, et non un simple argument commercial qui estampille tout, est encore long.












Photos empruntées au
Car c'est bien d'un pluriel qui doit être employé ici : c'est à un trio, voire un quatuor qu'on a affaire. L'idée vient du peintre, 
































